Janvier 2010

Escapade à Maison & Objet

Métissage des cultures, confusion des styles et des techniques… Les tendances du dernier salon Maison & Objet jonglent autour d’un même mot d’ordre : le mélange en tout genre.

Représentatif de notre société en pleine mutation, le design actuel est friand des associations surprenantes. Les tendances mises en avant lors du dernier salon Maison & Objet reflètent le mélange paradoxal entre la ville et la nature, l’industrie et l’artisanat, l’individu et le collectif.
Sur les stands, c’est la simplicité des produits qui rayonne. Loin du bling-bling et du baroque longtemps portés au-devant de la scène, ils surprennent par leurs lignes épurées. La fonction de l’objet est mise en avant, on laisse s’exprimer la matière plus que la forme. On fausse les données, on crée de l’inattendu, on trouble nos acquis et nos certitudes (table « La belle et le clochard » de François Azambourg pour Moustache, qui nous surprend par sa légèreté en opposition à son apparence massive).

Ces complexités ont été illustrées par des espaces scénographiés qui reprennent les points forts du salon. Un cahier d’inspiration « COhabitation » décrypte ce mouvement.

Voici ce qu’on pouvait observer sur ces espaces :

François Bernard, de l’Agence Croisements, dans son espace nommé « Hybrid », illustre la grande tendance de la saison : créer un lien entre urbanisme et nature.
Il associe la technologie du design contemporain à un monde de végétation luxuriante.
On prend plaisir à confondre intérieur et extérieur. Un retour aux sources d’accord, mais sans bannir les techniques qui font aujourd’hui partie de notre quotidien. On préserve son coin de nature dans des globes lumineux, et on s’endort la tête sur l’herbe (lustres Babylone et Oreill’herbe d’Alexis Tricoire). On enfourche sa bicyclette en fibres de bambou et matériaux biodégradables pour respecter notre environnement (bicycle B20 d’Antoine Fritsch). Une hybridation réussie entre deux antipodes.

L’espace « Transculture », conçu par Élizabeth Leriche, prouve que l’on peut abolir les frontières. Les cultures se mélangent… La mondialisation n’engendre pas la banalisation des idées ou la perte d’identité. Au contraire, les techniques et les savoir-faire s’allient pour donner naissance à des objets d’un nouveau genre : un design associant l’art ancestral aux nouvelles technologies. Par exemple, on associe l’art du tissage manuel brésilien à une fabrication industrielle de chaises en plastique (« transplastique » de Fernando & Humberto Campana), un tricot à la manière de nos grand-mères devient un divan design (« pleats pleats » de Imaginary Office).
L’union fait la force, et la différence est mise à l’honneur.

Le mélange s’observe également dans les changements de nos modes de vie qui oublient l’individualisme pour laisser place au collectif. L’espace « Coopérative » de Vincent Grégoire (NellyRodi) fait état d’un nouveau quotidien où les hommes redeviennent solidaires et où les objets s’adaptent, s’emboîtent, s’imbriquent, se mélangent pour devenir plus pratiques et multifonctionnels. On retient le sofa modulable Confluences, de Philippe Nigro pour la Ligne Roset, ou le réfrigérateur « Collocation » de Stefan Bucherberger pour Electrolux, et bien sûr les pieds de table amovibles des 5.5 designers avec leur mobilier Double jeux.

En période de crise, on s’adapte, on recycle, on partage… On redécouvre comment mieux vivre avec les choses et avec les autres.
Dans une société de surconsommation, le panachage devient une solution pour gérer la surcharge. On apprend à être mieux ensemble, avec la nature, avec ce que l’on possède et avec ceux qui nous entourent… Une bonne leçon d’humanité qui apporte un nouvel horizon pour les années à venir.

www.maison-objet.com