Octobre 2009

Madeleine VIONNET, puriste de la Mode

 

Nous connaissions bien Coco Chanel, un peu moins Paul Poiret, mais qui a entendu parler de Madeleine Vionnet ? Pourtant depuis le 24 juin 2009, amateurs et spécialistes de la mode se donnent rendez-vous au musée des Arts-décoratifs de Paris pour découvrir, avec émerveillement, l’exposition consacrée à l’une des plus grandes couturières françaises du XXème siècle. Scénographiée par la célèbre Andrée Putman, cette rétrospective rend hommage au travail avant-gardiste de cet artiste.

 

Bref historique…pour rafraichir les esprits :

Née en 1876 dans le Loiret, Madeleine Vionnet débute son apprentissage de la couture à Londres, chez Kate Reily. De retour en France cinq ans plus tard, elle fait une entrée remarquée chez les sœurs Callot, jusqu’à ce que Jacques Doucet lui propose de rejoindre sa maison de couture en 1906. Son génie créatif et sa volonté d’amener les femmes vers plus de confort, la conduisent à supprimer définitivement l’utilisation du corset dans toutes ces créations. C’est bel et bien elle, et non Paul Poiret, qui est à l’origine de cette révolution vestimentaire, symbole de l’émancipation de la femme. Alors s’il vous plait, rendons à Vionnet, ce qui appartient à Vionnet !

Au vu du succès de ces modèles, elle décide d’ouvrir sa propre maison en 1912, rue de Rivoli à Paris. L’entre deux guerres marque véritablement l’apogée de sa carrière et après 27 années de bons et loyaux services, la seconde guerre mondiale pousse cette femme de caractère à se retirer définitivement de la scène. Moins mondaine que la plupart de ses concurrents, le grand public connait peu le travail de cette artiste engagée. Une erreur aujourd’hui corrigée, grâce à l’hommage qui lui est rendu au Musée des Arts Décoratifs.

Sur les traces d’une légende :

L’exposition orchestrée par la scénographe et visionnaire Andrée Putman, est organisée chronologiquement. Le minimaliste graphique et chromatique permet aux spectateurs de se plonger dans l’univers enivrant de Madeleine Vionnet. Ecrans blancs, laque noire et miroirs subliment en toute simplicité les modèles présentés. Les cartels sont remplacés par des tableaux numériques sur lesquels défilent commentaires et photos. Cette touche de modernité apporte praticité et simplicité, deux éléments en accord parfait avec le style Vionnet. Le début de la visite retrace en quelques lignes l’étonnante carrière de l’artiste et offre une description de la vie ce personnage atypique. Il en ressort une force de caractère, une certaine assurance et par moment une forme d’impertinence déconcertante…

Les poupées en bois, exposées dans quelques vitrines, nous renseignent sur ses méthodes de travail particulières. En effet, pour se simplifier la tâche et aller au bout de ses expérimentations, elle avait pour habitude de mettre au point ces créations sur ce type de support avant de fabriquer un « patron » de taille réelle.

Véritable voyage à travers les époques, cette exposition nous permet de découvrir les inspirations multiples et le savoir-faire de Madeleine Vionnet. D’une vitrine à une autre, le public découvre son style intemporel et résolument moderne basé sur quatre principes fondamentaux :

-les proportions, inspirées par la « symétrie dynamique »

-le mouvement, donné par l’effet « seconde peau » obtenu par la maitrise de la coupe en biais

-l’équilibre, procuré par le respect de « règles esthétiques empruntées à l’Antiquité»

-la vérité, assurée par la simplicité, la fluidité et la pureté

Celle qu’on appelle « le couturier des couturiers » a toujours influencé les maitres, et continue irrémédiablement d’être une source d’inspiration omniprésente dans la Haute Couture et plus globalement dans le secteur de la mode.  Son style n’a pas pris une ride et les collections de prêt-à-porter actuelles le prouvent car elles n’ont de cesse de le revisiter.  Le proverbe « la mode est un éternel recommencement » prend toute sa dimension au cœur de cette exposition. En seulement quelques déambulations, Madeleine Vionnet convainc encore et encore : elle passe du statut d’artiste peu connu du grand public à celui de couturière incontournable…un titre bien mérité au regard de son travail.

Si vous voulez vous faire un avis, rendez-vous au musée des Arts décoratifs avant le 31 janvier 2010.

 

 

www.lesartsdecoratifs.fr